MOBILISATION DIFFICILE
Dans nos sociétés animées par les marchands, la mobilisation contre la vision erronée de l'Histoire (celle qui se joue à chaque instant) est sinon nulle du moins faible. Car cette opposition, quand elle existe, est d'une grande incohérence puisqu'elle recoupe des catégories sociales dont les objectifs, s'ils diffèrent souvent, ont surtout ce même fonds de déterminisme humain inclinant à la conservation d'acquis hérités des possédants qui, eux, en revanche, ont bien saisi qu'ils ne peuvent indûment se développer sans octroyer une part de leurs profits (fût-elle minime). Cela afin d'étouffer tout ce petit monde mécontent. Alors ces possédants créent des sas (plans sociaux, Assedics, Droit du Travail).
Plus pernicieux encore sont cet héritage et cette persistance des comportements de survivance individuelle, nocifs au groupe. Précisément il est illusoire de s'imaginer qu'une collectivité, où chacun ignore son indétermination (voir principe de base sur le blog) puisse avoir une vision d'ensemble pour l'épanouissement de tous. Relever la tête en gardant les pieds sur terre est une sagesse à laquelle si peu peut prétendre (je sais, c'est prétentieux !).
Plus globalement il se pourraît que ces comportements soient dus à des siècles d'aveuglément. Ainsi aux païennes consciences déterminées à réifier toute sorte de croyance en un indéterminable Dieu (métaphore d'autrui), a succédé la re-ligion instituée, "institutionnalisée" (toujours d'actualité dans certains pays). Principe aisé au regard de sa pauvreté intellectuelle et de sa puissance fédératrice. Puis vinrent les Lumières sacralisant le marchand-consommateur, et cautionnant par là-même un certain individualisme dérivé de la religion.
C'est pourquoi, aujourd'hui encore et pour les siècles à venir, les floués du système marchand ont du mal à se liguer pour réagir et proposer ce qui pourraît permettre à la collectivité d'évoluer harmonieusement en indéterminant l'exploitation du potentiel de chacun. Je veux dire en cessant de le quantifier. Au contraire on trouve l'avènement du corporatisme et du communautarisme comme exutoires sordides. Le tout aisément orchestré par la caste des Illuminati.

C'est que dans un système à économie de marché, chacun pense à (se)survivre avant tout intérêt à porter aux autres. Il est ainsi malaisé au commun d'aller vers son voisin, fût-il aussi désemparé. On ne nous apprend pas a à ouvrir notre coeur. Formulé ainsi, cela peut paraître benêt, mais tellement vrai pourtant. On cherche davantage à s'adresse à notre QI. Ce que je ressens est égal ou, si l'on me le demande, c'est surtout pour mieux me conditionner à acheter et/ou produire quelque chose.
Cette déshumanisation produit d'individuelles défections interdisant aux floués du marché de s'organiser. Presque tous anesthésiés et sûrs de leur choix de collaborer. Car, même floués, la plupart d'entre-eux continue à survivre, soit pour préserver un certain confort, soit pour espérer oeuvrer de nouveau pour le marché...eût-il fallu en accepter de nouvelles compromissions, voire de véritables contraintes. Sisyphe des temps modernes !..

Le monde se divise en trois catégories de gens : un très petit nombre qui fait se produire les évènements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité."
Nicholas Murray Butler (1862-1947), Président de la Pilgrim Society, membre de la Carnegie et du Council on Foreign Relations